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1er Juillet 1940 – Huit jours viennent de s’écouler depuis notre arrivée sur la terre d’Afrique. L’incertitude pèse toujours sur notre destinée. Nous avons tour à tour connu la rage et la honte à la nouvelle de la cessation des hostilités, puis l’espoir fou de voir la lutte continuer pour l’Empire ; maintenant c’est avec une douce résignation qu’il faut se rendre à l’évidence, nous sommes ici pour être désarmés et sans doute rendus à la vie civile. Première mesure : Les escadrilles conserveront 6 avions armés, les autres avions auront leurs hélices démontées. Méthode Carnegie aurait dit notre regretté camarade Gilbert CUNY ! Ils nous auront par la patiente. Imaginez notre état d’esprit si on nous demandait brusquement de désarmer et de démonter nos beaux avions ? Qui sait si chacun garderait le calme et le sang-froid qui requièrent les heures pénibles que nous vivions et que la France attend de nous… (dicunt pontifices). 2 Juillet 1940 – Ici, les pauvres fous d’aspirants de l’Ecole mettent le Cap sur Gibraltar. Encore 5 ce matin dans le Goéland du Colonel ! Cela fait 11 au total. Leur geste est insensé et leur vaut d’être considérés comme déserteurs. Pour être au fond de nous-mêmes, leurs gardons nous une secrète sympathie ? CONCLUSION – On nous fait démonter toutes nos hélices. Misère de nous ! 3 Juillet 1940 – Arrivée de notre échelon roulant au complet . 140 hommes, 40 sous-Officiers, 5 Officiers, 22 véhicules. Abandonné le 17 Juin, dans les circonstances relatées plus haut à DUN sur AURON, tout ce joli monde vient de rejoindre après des aventures mouvementées. Belle leçon donnée à ces messieurs de l’armée de Terre ! Rendons hommage à la volonté de ceux qui ont su mener à bien cette opération : Capitaine DE DURAT, Lieutenant-Médecin HARDEL, Lieutenant HURVOAS, sous-Lieutenant JOMMARD, sous-Lieutenant GUILLOU, Croyez bien qu’il leur en a fallu ! Je laisse la plume au brave GUILLOU qui blessé à fait tout le voyage avec l’échelon et qui a certainement quelques mots à dire. ----------------------- "Quelques mots à dire ! Un volume, et copieux, à écrire plutôt sur cette Odyssée lamentable. Mais le temps n’est pas aux discours et aux vaines considérations sur un passé qui par sa facilité et son insouciance nous a conduits ou nous en sommes." "Le 17 Juin
à 8 H 00, l’équipage de la Peugeot aborde la route de MOULINS non sans
émotion : deux minutes après avoir quitté les pilotes que retarde une
brume épaisse, nous sommes accrochés à l’aile arrière gauche par un fou, qui
sur une petite voiture chargée de ballets et de meubles nous fonce dessus à 60
à l’heure, Rien de bien grave, ni pour lui, ni pour nous ; passage à
MOULINS chez le capitaine DE DURAT qui parcours non sans tristesse ses domaines
aujourd’hui occupés par Anglais et Français et demain peut-être aux Allemands." |
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"Comment peut-on prétendre que nous résistons lorsque toute
la journée nous assistons sur les routes à l’exode ininterrompu des populations
civiles venues de PARIS, du JURA, du NORD, mêlées aux Troupes fuyant en
colonnes de véhicules hétéroclites. Embouteillages aux carrefours, stations
interminables en rase campagne, nous n’avançons pas et harassés au physique comme au moral nous faisons
halte à HANNONAY." |
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28 Juin – 1er Juillet 1940 – "Trois jours
et demi à ALGER, la vie presque normale, la population heureuse et calme en
apparence, tout cela change vraiment de la vie désordonnée des villes de France
que nous avons quittées." -GUILLOU- |